Poèmes pour une amie : huit façons de lui parler
Des textes brefs ou plus amples pour célébrer une complicité, reconnaître une distance ou simplement dire ce qui tient entre deux amies.
Textes originaux. Cette collection a été créée pour Le Poème juste et a passé nos contrôles techniques. La relecture éditoriale humaine reste signalée séparément.
Une carte attend sur la table, un message reste en brouillon, ou une occasion approche sans que les mots viennent juste. Ces poèmes pour une amie ne cherchent ni la déclaration amoureuse déguisée ni l’éloge sans nuances. Ils parlent plutôt de cafés partagés, de retards agaçants, de silences traversés et de souvenirs qui résistent aux déménagements.
Les premières pièces conviennent à un envoi rapide ou à quelques lignes recopiées. Les suivantes prennent davantage de place et de souffle, jusqu’au dernier poème, conçu pour être lu à voix haute.
Des poèmes courts à glisser dans un message ou une carte, avec des tonalités allant de la reconnaissance à l’agacement complice.
Quelques lignes pour une complicité bien réelle
Le sucre reste au fond
Pour une amie avec qui les conversations reprennent sans préambule
Nous avons laissé refroidir le café,
oublié le sucre au fond des tasses,
et parlé jusqu’à déplacer le soir.
Je ne sais plus ce que tu racontais.
Je me souviens seulement
de n’avoir regardé l’heure
qu’après ton départ.
Sept minutes, disais-tu
Pour l’amie toujours en retard, sans cacher l’irritation
Sept minutes, disais-tu.
J’ai vu passer deux bus,
un chien très décidé,
trois averses dans la même flaque
et la moitié de ma patience.
Puis tu es arrivée,
essoufflée, les cheveux de travers,
avec cette histoire impossible
qui n’excusait absolument rien.
J’ai gardé mon reproche.
Pas longtemps.
Inventaire du mardi
Pour remercier une amie de ses attentions ordinaires
Une clémentine posée sur mon dossier.
Ton chargeur prêté pour la troisième fois.
Le nom d’une chanson écrit sur un reçu.
Deux chaises rapprochées sans cérémonie.
Un parapluie tenu trop bas.
La dernière part laissée dans son carton.
Tu n’appelles pas cela prendre soin.
Tu dis seulement : tiens.
Notre banc penche
Pour une amie d’enfance avec qui le temps n’a pas tout conservé
Le banc penche davantage qu’avant,
ou peut-être est-ce nous
qui savons mieux sentir les défauts.
Nous n’avons plus les mêmes horaires,
ni les mêmes raisons de rentrer tard.
Tu ne connais pas tous mes visages ;
je confonds parfois les noms des tiens.
Pourtant, quand nos épaules cherchent
le même côté du vieux dossier,
la place se souvient de nous
sans prétendre que rien n’a changé.
Des pièces plus amples pour dire l’éloignement, les désaccords, les départs et la place qu’une amie garde malgré les changements.
Quand l’amitié doit franchir une distance
La ville entre nous
Pour une amie qui vit désormais loin
Entre ton appartement et le mien, il y a désormais une ville entière : des rails, des façades inconnues, des rues dont je prononce mal le nom. Je ne peux plus arriver chez toi avec du pain encore chaud ni te demander, depuis le trottoir, d’ouvrir la fenêtre.
Alors notre amitié voyage autrement. Elle tient dans une photo envoyée trop tôt le matin, dans les trente secondes d’un message vocal, dans une phrase reprise trois jours plus tard sans excuses inutiles.
Je ne dirai pas que la distance ne change rien. Elle déplace les habitudes, elle fait manquer des détails. Mais certains soirs, ton rire traverse le haut-parleur avec une netteté étrange, et la pièce où je suis devient soudain assez grande pour deux vies.
Après la porte
Pour renouer avec une amie après un désaccord
Tu es partie sans claquer la porte.
C’était presque pire :
le silence n’avait rien à combattre.
J’ai rangé deux verres,
essuyé la table déjà propre,
retourné nos phrases
comme des poches pleines de miettes.
Les jours suivants,
je t’ai donné tort avec méthode.
Puis j’ai trouvé, dans ma propre voix,
un angle que je n’aimais pas.
Quand tu es revenue,
nous n’avons pas réparé la soirée.
Nous avons ouvert la fenêtre,
parlé de choses exactes,
laissé le reste perdre un peu de poids.
Ton manteau est demeuré sur la chaise.
Cette fois, tu n’es pas partie vite.
Quai numéro quatre
Pour le départ d’une amie, sans promesse excessive
Le panneau change avant nous :
dix minutes, puis cinq, puis maintenant.
Ta valise tient debout entre nos pieds,
plus résolue que nous deux.
Nous avons prévu des visites,
des appels, des dates soulignées.
Nous savons aussi ce que deviennent parfois
les calendriers bien remplis.
Je voudrais une phrase solide,
quelque chose à poser dans ta poche
contre les kilomètres.
Je ne trouve qu’un billet froissé,
un café trop clair,
ma main levée lorsque les portes se ferment.
Le train part.
Sur la vitre, ton visage et le quai
restent ensemble quelques secondes,
puis chacun reprend sa direction.
Garde une chaise
Un poème final à lire à voix haute à une amie
Je ne te promets pas les jours faciles,
ni d’être toujours du bon côté.
Je connais nos humeurs, nos faux départs,
les mots trop courts, les réponses en retard.
Mais garde une chaise auprès de la tienne,
une place franche, un peu de travers ;
j’y viendrai avec mes nouvelles anciennes,
mon rire intact et mon mauvais caractère.
Nous parlerons fort, puis presque plus,
selon la fatigue ou selon l’heure.
Nous laisserons la nuit dans la rue
et sur la table un bouquet sans fleurs :
les clés, les verres, le pain partagé,
ce peu de choses qui sait demeurer.
Je suis ton amie, sans mode d’emploi.
Garde une chaise. J’arrive chez toi.
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