Poème pour papa : huit textes originaux
Des poèmes à lire, offrir ou recopier pour évoquer un père tel qu’il est : présent dans les gestes, les souvenirs, les désaccords et les silences.
Textes originaux. Cette collection a été créée pour Le Poème juste et a passé nos contrôles techniques. La relecture éditoriale humaine reste signalée séparément.
Une portière qu’on referme, une étagère enfin droite, un café pris debout : un père apparaît souvent dans des détails qu’aucun grand discours ne sait retenir. Ces huit textes partent de scènes concrètes pour dire l’affection, la distance, l’agacement ou la reconnaissance sans fabriquer un personnage parfait.
Certains poèmes s’adressent directement à lui ; d’autres adoptent le regard d’un enfant, d’un voisin ou du père lui-même. Les formes et les tonalités changent afin que chacun puisse trouver une voix adaptée à son histoire.
Des scènes quotidiennes où l’attention paternelle se reconnaît à ce qui est fait, réparé ou simplement laissé à portée de main.
Dans les gestes ordinaires
Le niveau à bulle
Pour un père qui préfère réparer plutôt que parler
Tu poses l’outil contre la planche
et la petite bulle hésite,
comme nous devant les phrases sérieuses.
Tu dévisses,
tu reprends la mesure,
tu accuses le mur
qui, selon toi, n’est jamais droit.
Je tiens l’autre bout sans discuter.
Nos mains se rapprochent sur le bois,
puis chacune retourne à sa tâche.
L’étagère penche encore un peu.
Tu la regardes, tu souffles :
Ça ira.
Et pour une fois,
je sais exactement ce que tu veux dire.
Café debout
Un poème bref pour un papa toujours pressé
Papa boit son café debout,
une manche déjà dans demain.
Il demande si tout va bien,
regarde l’heure avant la réponse,
puis revient poser sur la table
le fruit qu’il avait pris pour lui.
Notice de montage
Pour sourire des certitudes paternelles
Premièrement : ouvrir le carton sans lire l’étiquette.
Deuxièmement : déclarer qu’il ne manque aucune pièce.
Troisièmement : égarer la vis B sous le buffet.
Quatrièmement : soupçonner le fabricant.
Prévoir ensuite :
un tournevis trop petit,
deux soupirs réglementaires,
une lampe tenue par quelqu’un qui la tient forcément mal,
et cette phrase : autrefois, c’était plus solide.
À la fin, la chaise aura quatre pieds,
dont trois toucheront le sol.
Papa s’assiéra dessus avec autorité.
Personne ne rira avant lui.
Des regards décalés sur le caractère d’un père, ses habitudes anciennes et les traces parfois modestes qu’elles laissent.
Ce que la mémoire retient
La route des départs
Pour se souvenir des trajets partagés avec son père
Tu conduisais tôt pour éviter les bouchons.
La ville avait encore ses rideaux baissés,
et les feux rouges semblaient travailler pour personne.
À l’arrière, nous dormions de travers
entre les manteaux et les biscuits.
Tu réduisais le son à chaque bulletin,
attentif aux kilomètres comme à une promesse
qu’il fallait tenir sans la nommer.
Je croyais que tu connaissais toutes les routes.
Plus tard, j’ai compris les cartes dépliées,
les sorties manquées,
les demi-tours cachés sous un plein d’essence.
Aujourd’hui, quand je pars avant le jour,
je vérifie deux fois le rétroviseur.
Ce n’est pas ta route que je retrouve,
mais ta façon de nous emmener.
L’homme du troisième
Le portrait extérieur d’un père discret
Je le croise le jeudi
avec deux sacs trop lourds
et un journal plié sous le bras.
Il tient la porte,
refuse l’ascenseur,
s’arrête au deuxième
pour reprendre son souffle
sans admettre qu’il s’arrête.
Chez lui, paraît-il,
une petite voix l’appelle Papa
avant même que la clé tourne.
Alors son visage sévère,
celui qu’il porte dans l’escalier,
reste une seconde sur le palier
comme un chapeau devenu inutile.
Ce que j’ai raté
Une parole de père sans excuse facile
Je me rappelle les factures payées,
les pneus changés avant l’hiver,
les heures prises sur mes dimanches
pour que la maison ne manque de rien.
Je me rappelle moins bien
ton spectacle de fin d’année,
le prénom de ton premier ami,
la raison exacte de cette porte claquée.
J’avais réponse à tout :
le travail, la fatigue, les choses urgentes.
Elles l’étaient peut-être.
Elles n’effacent rien.
Je ne vais pas repeindre le passé
avec des couleurs qui nous arrangent.
Je peux seulement m’asseoir ici,
poser mon téléphone face contre table,
et écouter ce que tu voudras bien reprendre.
Deux poèmes pour reconnaître ce qui a été transmis tout en laissant une place aux désaccords, aux limites et aux chemins distincts.
Dire merci sans effacer le reste
Nos désaccords bien plantés
Pour remercier un papa avec qui l’on ne pense pas pareil
Tu as tes opinions rangées par taille,
les grandes devant,
les autres derrière,
et aucune place vide sur l’étagère.
Moi, je déplace tout.
Je pose une question au mauvais endroit,
j’ouvre la fenêtre en plein milieu
de ce que tu croyais démontré.
Nous nous sommes disputés sur des villes,
des métiers, des repas, des façons de vivre.
Tu as dit : tu verras.
J’ai vu autre chose.
Pourtant, tu m’as appris à vérifier une prise,
à ne pas signer sans lire,
à rapporter ce que j’emprunte.
Je garde ces trois outils.
Le reste, papa,
je te le rends sans colère.
Ton vieux pull bleu
Un poème calme pour remercier un père imparfait
Je n’écrirai pas que tu savais toujours.
Tu t’es trompé de quai,
de date, de colère,
et parfois de manière de nous aimer.
Je n’écrirai pas non plus
que rien ne t’atteignait.
Ton vieux pull bleu gardait aux coudes
la forme de tes journées fatiguées.
Mais tu revenais.
Avec du pain, une question maladroite,
un projet trop compliqué pour le samedi.
Tu revenais sans discours préparé.
Alors merci pour cela :
non pas d’avoir été sans défaut,
mais d’avoir pris ta place,
année après année,
avec ce pull que personne
n’a réussi à te faire jeter.
Il sèche encore sur le dossier d’une chaise.
C’est un vêtement, simplement.
Et c’est déjà beaucoup.
Un poème pour un père n’a pas besoin de tout résumer. Une habitude reconnue, un désaccord nommé avec justesse ou un merci précis peuvent suffire.
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