COLLECTION ORIGINALE · 08 POÈMES

Poèmes de bonne nuit pour la personne aimée

Des textes courts à envoyer, des poèmes plus amples pour les soirs de distance et deux pièces pensées pour être lues à voix haute.

Textes originaux. Cette collection a été créée pour Le Poème juste et a passé nos contrôles techniques. La relecture éditoriale humaine reste signalée séparément.

Le soir réduit souvent les mots à une formule rapide : « bonne nuit », un cœur, puis l’écran s’éteint. Mais la personne aimée n’est pas toujours dans le même lit, ni même dans la même ville ; parfois, elle est tout près et la journée reste pourtant difficile à refermer.

Ces huit poèmes proposent plusieurs façons de marquer ce passage. Certains tiennent dans un message. D’autres prennent le temps d’accueillir un silence, une contrariété ou l’absence. Les deux derniers peuvent se lire lentement, sans mise en scène particulière, au bord du lit ou au téléphone.

Trois poèmes brefs, faciles à envoyer tels quels lorsque peu de mots suffisent.

Quelques lignes avant d’éteindre

01

La lampe du couloir

Un mot bref pour la personne qui dort déjà près de soi

J’ai laissé la lampe du couloir,
pas pour repousser la nuit,
juste pour retrouver sans bruit
le chemin jusqu’à toi.

02

Avant le mode avion

Un message de bonne nuit pour un amour à distance

Une dernière phrase avant le mode avion :
je suis ici, tu es là-bas,
et la nuit ne corrige pas la géographie.

Dors pourtant.
Demain, nos voix reprendront
là où le réseau les a laissées.

03

Le bord frais de l’oreiller

Une bonne nuit calme après une journée chargée

Que la journée garde ses dossiers,
ses retards, ses portes trop vite refermées.

Je ne te souhaite pas une nuit parfaite,
seulement le bord frais de l’oreiller,
un drap qui ne réclame rien,
et assez de silence pour dormir.

Des pièces plus amples pour dire l’absence, l’agacement ou une tendresse qui ne gomme pas les difficultés.

Quand la nuit ne simplifie pas tout

04

Rien n’a été rangé

Pour souhaiter bonne nuit après un désaccord

Rien n’a été rangé :
ni les assiettes,
ni cette phrase que j’ai lancée trop fort,
ni ta réponse restée droite entre nous.

Je n’ai pas de ruban à nouer
sur cette fin de journée.
Je peux seulement baisser la voix,
poser mon verre dans l’évier
et te souhaiter bonne nuit
sans prétendre que tout va bien.

Demain ne sera pas un miracle.
Ce sera demain,
avec du café, deux chaises,
et peut-être une phrase moins maladroite.

05

Kilomètres de nuit

Pour la personne aimée qui attend au bout du trajet

Le train traverse des gares
qui n’ont pour moi qu’un quai,
un panneau bleu,
quelques fenêtres surprises dans leur veille.

Je compte autrement la distance :
un tunnel,
deux messages,
trois annonces couvertes de grésillements,
puis ton nom qui revient
quand mon front touche la vitre.

Tu dors peut-être déjà.
Je ne t’en veux pas.
Je voyage aussi pour que ta fatigue
n’ait pas à m’attendre debout.

Au matin, les rails continueront derrière moi,
minces, parallèles,
sans expliquer comment on se rejoint.

06

Procès-verbal du lit

Une déclaration nocturne avec un peu d’humour

Constat établi à vingt-trois heures quarante :
tu as pris la couverture,
je détiens la moitié utile de l’oreiller,
et personne ne reconnaît les faits.

Pièces versées au dossier :
ton pied froid contre ma cheville,
mon livre ouvert depuis douze minutes
sur la même page,
un verre d’eau inaccessible
sans opération de grande ampleur.

Décision provisoire :
nous restons là.
Tu peux plaider le sommeil,
je renonce à faire appel.

Bonne nuit.
Mais demain, la couverture sera interrogée.

Une finale conçue pour la voix, avec des phrases plus longues et des silences naturels.

Deux poèmes à lire lentement

07

Quand la maison rétrécit

Une lecture du soir pour quelqu’un qui demeure auprès de soi

Quand la maison rétrécit autour de nous, quand les pièces perdent leurs angles et que le réfrigérateur semble devenir le dernier appareil encore chargé de veiller, je t’entends chercher une position confortable dans le noir.

Nous n’avons rien accompli de remarquable aujourd’hui. Nous avons répondu trop tard à certains messages, oublié le pain, parlé du linge comme d’une affaire urgente. Puis le soir a déplacé chaque chose vers sa juste petite taille.

Je ne veux pas faire de notre fatigue une preuve d’amour. Je veux seulement reconnaître ce qui reste lorsque nous cessons de parler : ta respiration irrégulière, ma main posée entre nous, la pluie qui commence sans demander notre avis.

Bonne nuit. La maison tient dans ce bruit d’eau.

08

La dernière barque

Un poème de bonne nuit à lire au téléphone

Reste encore le temps d’une voix,
pas davantage.
La nuit a déjà fermé les boutiques,
ramassé les terrasses,
laissé sur le port quelques cordages
qui cognent doucement contre les mâts.

Je parle bas pour ne pas rompre
ce qui nous relie à cette heure :
ni promesse,
ni certitude,
mais une attention tendue d’une rive à l’autre.

Tu me dis que ta fenêtre est ouverte.
Ici, l’air sent le sel et le métal froid.
Là-bas, j’imagine seulement ta chambre ;
je ne lui prête ni couleur ni silence.

Lorsque nous raccrocherons,
une dernière barque traversera le port.
Sa petite lampe ira-t-elle jusqu’à ta fenêtre ?

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