COLLECTION ORIGINALE · 08 POÈMES

Poèmes pour rire du quotidien et de soi-même

Huit textes originaux où les objets protestent, les habitudes dérapent et les petits embarras trouvent enfin une chute convenable.

Textes originaux. Cette collection a été créée pour Le Poème juste et a passé nos contrôles techniques. La relecture éditoriale humaine reste signalée séparément.

J’ai envie de rire, mais pas qu’on me remonte le moral à coups de grandes phrases. Certains jours réclament seulement un réveil vexé, un poireau indiscret ou une visioconférence qui s’effondre avec dignité.

Ces poèmes prennent le quotidien par son côté légèrement bancal. Ils changent de voix, de décor et de rythme : on y croise un chat procédurier, un basilic susceptible, un père très fier de son répondeur et quelques humains moins raisonnables qu’ils ne le prétendent.

Faire surgir le comique dans des scènes ordinaires, sans transformer chaque maladresse en leçon de vie.

Le quotidien perd un peu la face

01

Négociation de sept heures

Un poème bref pour les personnes qui repoussent le réveil avec méthode

Tu sonnes.
Je refuse.
Tu insistes.
Je négocie neuf minutes.

Tu reviens,
ponctuel comme un huissier
et beaucoup moins bien habillé.

Je tends la main,
je rate le bouton,
je gifle la table de nuit.

Le jour commence ainsi :
tu as gagné,
mais je ne te félicite pas.

02

Le poireau indiscret

Une scène de caisse où les courses révèlent un peu trop de choses

Sur le tapis roulant,
un poireau dépasse de mon sac
avec l’assurance d’un témoin principal.

Devant lui :
trois paquets de biscuits,
des pâtes en promotion,
un citron acheté pour la conscience.

La caissière ne juge personne.
C’est écrit dans son silence.
Le monsieur derrière moi, lui,
regarde le citron,
puis les biscuits,
puis de nouveau le citron.

Je range mes preuves.
Le poireau reste dehors,
très satisfait de l’enquête.

03

Déposition du chat

Le compte rendu peu impartial d’un chat domestique

Je confirme avoir vu l’humain
ouvrir le placard à vingt-deux heures douze.

Il prétendait chercher une tisane.
Il a trouvé du fromage.
Ce sont des choses qui arrivent
quand on fouille avec une assiette.

Je me suis approché
pour assurer la surveillance.
L’humain a dit : pas pour toi.
Phrase brutale, sans fondement,
contraire à l’usage de la cuisine.

J’ai donc poussé un verre vide.
Pas par vengeance.
Pour mesurer la gravité.

Le verre a bien fonctionné.
L’humain moins.

04

Micro coupé, caméra courageuse

Un poème à refrain sur les petits désastres de la visioconférence

On ne vous entend pas.

Je parle pourtant très bien,
je déroule mon idée,
je place même une pause brillante
à l’endroit prévu pour l’intelligence.

On ne vous entend pas.

Je clique partout.
Mon visage se rapproche,
immense et préoccupé,
puis disparaît derrière mes initiales.

On ne vous entend pas.

Le chat traverse le bureau.
Quelqu’un tousse dans une autre ville.
Le directeur devient un plafond.

Enfin le son revient.
Je dis : voilà.

Personne ne sait
ce qui venait avant.

Déplacer le rire vers les manies intimes, les liens familiaux et les petites fiertés que personne ne défend très longtemps.

Nos contradictions prennent la parole

05

Basilic sous conditions

Une adresse affectueuse, mais lucide, à une plante difficile

Je t’ai placé près de la fenêtre,
loin du radiateur,
près de la lumière,
mais pas trop près,
car monsieur a ses principes.

Je t’arrose peu : tu penches.
Je t’arrose beaucoup : tu protestes.
Je pars deux jours : tu rédiges
avec tes feuilles molles
un testament spectaculaire.

Pourtant tu tiens.
Une tige de travers,
trois feuilles présentables,
l’orgueil intact.

Ce soir, je prélève la plus grande
pour les pâtes.
Tu frémis à peine.
Nous appelons cela vivre ensemble.

06

Mon père découvre le répondeur

Un poème familial sur les messages qui refusent d’être brefs

Mon père laisse des messages
comme on ferme une maison avant l’hiver :
il vérifie tout.

Bonjour, c’est papa.
Je sais, papa, ton nom s’affiche.
Il précise la date,
l’heure,
la météo dans son département.

Puis vient le sujet :
un tournevis égaré,
un voisin qui taille trop court,
la cuisson exacte d’une pomme de terre.

Il dit qu’il ne veut pas me déranger.
Il parle encore deux minutes
pour prouver sa discrétion.

À la fin, un silence.
Un frottement.
Sa voix, plus loin :
Comment on arrête ce machin ?

07

Élégance du garde-boue

Une suite d’images pour rire d’un trajet à vélo sous la pluie

Premier feu :
la pluie entre dans mes manches.

Deuxième feu :
un bus m’offre une vague
avec toute la largeur de son cœur mécanique.

Troisième feu :
mon pantalon dessine une carte
sans pays recommandable.

Je pédale avec la noblesse
d’un héron surpris dans une bassine.
Les voitures passent,
sèches, chauffées,
pleines de gens qui ont choisi correctement.

Devant la boulangerie,
je descends de selle.
Une flaque complète mon œuvre.

J’entre quand même,
casque ruisselant,
chaussette vaincue.
Je commande une baguette
comme si cette tenue était prévue.

08

Programme pour ne rien faire

Un poème à refrain sur le repos organisé jusqu’à l’absurde

Aujourd’hui, je ne fais rien.

Je prépare donc la table,
une boisson,
un coussin,
un livre au cas où ne rien faire
manquerait de documentation.

Aujourd’hui, je ne fais rien.

Je consulte la météo du canapé,
je déplace une lampe,
je réponds à un message
pour annoncer mon indisponibilité.

Aujourd’hui, je ne fais rien.

À quinze heures, je suis épuisé
par cette discipline.
Je classe mes distractions,
je remets le repos à plus tard,
puis je m’allonge enfin
sans objectif mesurable.

Sur le mur, le soleil déplace
un rectangle pâle.
Je le laisse travailler.

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