COLLECTION ORIGINALE · 10 POÈMES

Poèmes originaux sur la rose

Dix textes inédits où la rose apparaît tour à tour froissée, offerte, coupante, fanée ou simplement laissée dans un verre.

Textes originaux. Cette collection a été créée pour Le Poème juste et a passé nos contrôles techniques. La relecture éditoriale humaine reste signalée séparément.

Une rose ne se présente pas toujours au milieu d’un beau jardin. Elle attend parfois dans le papier d’un fleuriste, perd un pétale sur un zinc ou sèche entre deux pages. Les premiers poèmes de cette collection saisissent ces scènes rapides, avec peu de mots et sans transformer la fleur en symbole obligatoire.

Les textes suivants donnent davantage de place aux gestes humains, aux maladresses et au passage du temps. Certaines roses sont offertes, d’autres refusées, oubliées ou rendues à la saison. La dernière partie privilégie le rythme et le refrain pour une lecture à voix haute.

Des pièces courtes pour une carte, une lecture rapide ou le simple plaisir d’une image nette.

Roses saisies sur le vif

01

Averse au balcon

Une pièce brève sur une rose après la pluie

La pluie a rempli le pot,
la rambarde et tes sandales.

Une rose penche dehors,
sans grâce particulière,
lourde de toute cette eau.

Tu secoues la tige.
Le balcon reçoit l’averse
une seconde fois.

02

Papier de marché

Pour accompagner un bouquet offert sans cérémonie

Elles arrivent serrées
contre les nouvelles d’hier,
dix roses dans un papier gris.

Le marchand rabat les coins,
compte les tiges,
oublie d’être solennel.

Je te les apporte ainsi,
avec l’encre sur les doigts,
une feuille de chou entre deux pétales
et la monnaie qui tinte encore.

Tu trouveras bien un vase.
Moi, j’ai gardé la ficelle.

03

La Défense de la tige

Une rose observée sans douceur forcée

On vante la corolle.
Personne ne félicite l’épine
pour son travail exact.

Elle ne promet rien,
ne console aucun doigt,
ne demande pas pardon.

Sous le gant troué,
sa pointe trouve la peau.
Le jardinier jure,
puis taille plus bas.

La rose, elle,
ne retire pas sa défense.

Des poèmes plus amples où offrir, déplacer ou refuser une rose révèle une relation sans l’expliquer entièrement.

Ce que les roses font entre les gens

04

Contre la vitre chaude

Un poème en prose sur une présence retenue

Dans la serre, tu ne regardais pas les fleurs mais la buée sur les vitres. Ton index y traçait des routes qui s’effaçaient avant d’atteindre le montant. Derrière toi, une rose rouge touchait presque le verre. Chaque courant d’air déplaçait sa tête de quelques millimètres, comme si elle cherchait une issue moins transparente.

Je n’ai pas prononcé la phrase préparée dans le parking. J’ai seulement ouvert la lucarne. L’air froid est entré, la buée s’est amincie et ton dessin a disparu d’un seul coup.

La rose n’est pas sortie. Nous non plus. Mais tu as laissé ta main près de la mienne sur la poignée.

05

Table sept

Une scène de restaurant autour d’une rose oubliée

Vous aviez demandé une table tranquille,
puis déplacé trois fois la chaise.
Entre les verres, une rose trop haute
cachait votre visage à votre invité.

Vous l’avez posée par terre,
près du pied chromé,
sans cesser de parler des horaires,
du train avancé, des clés à rendre.

Après votre départ,
j’ai trouvé deux cafés froids,
un pourboire démesuré
et la fleur sous la table.

Je l’ai raccourcie au couteau,
mise dans une bouteille ébréchée.
Elle tient maintenant près de la caisse,
à hauteur de ceux qui restent.

06

La Fleur refusée

Sur un cadeau qui ne suffit pas à clore un désaccord

Tu l’avais choisie jaune,
parce que le rouge, disais-tu,
aurait dramatisé l’affaire.

J’ai regardé le ruban,
le papier transparent,
la goutte artificielle collée sur la feuille.

Ce n’était pas laid.
Ce n’était pas la question.

J’ai posé la rose sur le paillasson,
entre nos deux paires de chaussures.
Toute la nuit, son parfum
est passé sous la porte.

Au matin, tu as repris la fleur,
pas tes mots.
La tige a laissé sur le mur
une mince trace verte.

07

Course pour une tige

Un poème-récit vif sur une livraison malmenée

À dix-huit heures douze,
le fleuriste ferme la porte.
Le coursier repart avec une seule rose,
coincée le long de son sac.

Le feu passe au rouge,
un bus serre trop près,
la pluie commence sans conviction.
Au troisième pavé, la tige casse.

Il s’arrête sous un porche,
cherche du ruban dans ses poches,
trouve un reçu, un élastique,
un stylo qui ne fonctionne plus.

Alors il livre deux morceaux :
la fleur dans son casque,
la tige attachée au guidon.

La femme qui ouvre rit d’abord.
Puis elle prend les deux,
comme si la commande avait toujours
prévu cet accident.

Trois textes sur ce qui demeure, se transforme ou reprend dehors, avec une finale rythmée pour la lecture à voix haute.

La rose après la rose

08

Herbier des retards

Une rose séchée retrouvée dans un vieux dictionnaire

Entre « retour » et « revanche »,
j’ai retrouvé la rose plate,
brune aux bords, presque sans parfum.

Tu l’avais glissée là
le soir de mes vingt ans.
Je devais la mettre dans l’eau.
Je devais répondre à ta lettre.
Je devais beaucoup de choses.

Les pages ont pris sa forme.
Un cercle pâle entoure la corolle,
et quelques grains secs
se logent encore dans la reliure.

Je referme le livre doucement,
non pour garder le passé intact,
mais parce que la poussière tombe
sur mon pantalon noir.

Dehors, quelqu’un secoue un tapis.
Je vais ouvrir la fenêtre.

09

Les Fruits de janvier

Une rose d’hiver dépouillée de ses pétales

Il n’y a plus de rose,
dit l’enfant devant la haie.

Il reste les fruits rouges,
ronds, durs, polis par le froid.
Il reste les griffures
sur la manche du chemin.
Il reste un merle
qui choisit sans se presser.

Il n’y a plus de rose,
répète l’enfant,
mais sa poche se remplit
de petites billes écarlates.

À la maison, elles roulent sur la table.
Personne ne sait encore
ce qu’elles vont devenir.

Il n’y a plus de rose.
La haie garde le reste.

10

Que la salle réponde

Une finale avec refrain, conçue pour être lue à voix haute

Qui a posé cette rose ici,
dans un verre trop petit ?
— Personne ne le sait.

Elle penche vers la première rangée,
elle écoute les manteaux,
les programmes froissés,
les gorges que l’on racle avant de parler.
— Personne ne le sait.

Peut-être vient-elle d’un jardin
où la terre colle encore aux semelles.
Peut-être d’une boutique éclairée tard,
d’un quai, d’une poche, d’une main hésitante.
— Personne ne le sait.

Mais la voici devant nous,
rouge sans ordre à donner,
ouverte sans exiger d’applaudissements.

Quand ma voix baissera,
quand la salle redeviendra bois, tissu, poussière,
quelqu’un prendra le verre.

Qui emportera la rose ?
— Que la salle réponde.

Toi, peut-être,
au dernier rang,
avec tes deux mains libres.

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